Les poissons ont besoin de vivre dans un milieu qui convient à leur espèce. Si l’eau devient trop trouble, ils finissent par dépérir.
Un jour, un poisson nommé Théophile, constate que l’eau de l’océan est devenue trouble. Autour de lui, beaucoup de poissons sont devenus anxieux et désorientés. Certains suivent les courants sans trop savoir où ils les conduisent ; d’autres cherchent ailleurs une eau dans laquelle ils pourraient mieux respirer. Théophile, lui, a entendu parler de la Source d’Eau Vive qui alimente les océans. Il décide de partir à sa recherche.
Sur la route, il rencontre de jeunes poissons frétillants et joyeux. Ils lui annoncent la Bonne Nouvelle : « La Source, nous l’avons rencontrée et elle a changé notre vie ; elle ne nous retire pas de l’océan, mais elle jaillit du cœur de chaque poisson ». Théophile poursuit sa route et rencontre le Rocher d’où jaillit l’Eau Vive. Il choisit de se laisser plonger dans cette Eau et de vivre de son Esprit. L’Eau Vive entre en lui et vient habiter son cœur. La Source qu’il cherchait au loin peut désormais jaillir du plus profond de lui.
Sa vie change. Son cœur est plus joyeux, son regard plus clair, sa vie prend un sens nouveau. Pourtant, tout n’est pas devenu facile pour autant. Théophile vit toujours dans le même océan. Les anciens courants sont toujours là, ses vieilles habitudes aussi. Certains poissons ne comprennent pas ses nouveaux choix ; d’autres s’en moquent.
Théophile découvre alors quelque chose d’essentiel : avoir rencontré la Source ne suffit pas. Encore faut-il choisir l’eau dans laquelle on veut vivre. Car, comme tous les poissons, il est profondément influencé par son milieu : ses habitudes, ses rencontres, son rythme de vie, les courants qu’il suit, les endroits qu’il fréquente.
Autrefois, Théophile suivait naturellement les autres poissons. L’important était surtout de ne pas faire trop de vagues. Désormais, il apprend peu à peu à accorder sa vie à l’Esprit du Rocher, dans ses pensées, ses paroles et ses actes. Au début, il essaie surtout de nager à contre-courant à la seule force de ses nageoires. C’est épuisant ! Peu à peu, il comprend que la vie chrétienne ne consiste pas d’abord à résister, mais plutôt à rester proche de la Source et à se laisser porter par son courant. Et son âme reprend vie.
Théophile comprend aussi qu’il ne peut pas vivre seul. Il choisit donc de rejoindre de petits groupes de poissons que l’on appelle des fraternités. On ne s’y rassemble pas seulement parce qu’on se ressemble ou parce qu’on partage les mêmes goûts. On y apprend à s’accueillir comme des frères et des sœurs, à s’encourager, à grandir ensemble et à se mettre au service des autres.
Ainsi, Théophile se sent peu à peu responsable de son milieu de vie. Il ne peut pas adhérer à tous les courants de l’océan. Mais il peut choisir ce dont il nourrit sa vie, les relations qu’il cultive, les lieux où il vient reprendre souffle et la place qu’il laisse à la Source qui vit désormais en lui. Et il découvre autre chose : l’Eau Vive qu’il a reçue n’est pas seulement pour lui. En jaillissant de son cœur, elle peut aussi renouveler l’eau autour de lui.
Alors, chers amis, voulons-nous changer l’eau des poissons ?
Ces poissons comme Théophile — dont le nom signifie « ami de Dieu » —, c’est chacun de nous. En ce début d’année, nous pouvons donc nous poser une question très concrète : dans quel milieu vivons-nous notre foi ?
Pour ceux qui sont chrétiens depuis longtemps, changer l’eau peut signifier contribuer à rendre notre paroisse, notre société plus fraternelle, plus accueillante et plus vivante, afin que de nouveaux poissons puissent y trouver leur place et y respirer.
Pour ceux qui découvrent ou redécouvrent la foi, changer l’eau peut signifier choisir de ne pas rester seuls et trouver une communauté chrétienne vivante dans laquelle leur foi pourra grandir.
Deux choix simples peuvent déjà transformer profondément notre milieu de vie : participer à l’eucharistie du dimanche et rejoindre une fraternité ou un service qui nous corresponde.
Les autres changements viendront en leur temps.
Et nous pouvons nous poser une dernière question, toute simple : avons-nous trois à cinq amis chrétiens avec lesquels nous pouvons réellement partager notre foi, nous encourager et avancer ?
Prions pour que nos communautés chrétiennes restent toujours reliées à la Source et deviennent, au cœur de nos quartiers, des fontaines d’Eau Vive, où des poissons de toutes espèces puissent trouver leur place et vivre ensemble dans la joie de l’Évangile.
Bonne rentrée à tous
Père Xavier Bizard
Curé de l’ensemble paroissial Notre-Dame de la Miséricorde
Septembre 2026